Bonheur à tout prix : utopie ou réalité ?

2019-07-03T14:11:12+02:00

Bonheur à tout prix : utopie ou réalité ?

conciergerie digitale

Ce matin, nous nous sommes réunis pour notre Petit-Déj’ RH, sur le thème du “Bonheur à tout prix : utopie ou réalité ?”, co-animé par Jean Benedetti, fondateur de One Conciergerie et Marc Lévi, psychanalyste et fondateur de 2LConseil.

L’utopie du bonheur est la réalité de demain.

Bonheur : une responsabilité individuelle ou collective ?

Actuellement, nous constatons l’émergence d’une recherche du bonheur-à-tout-prix, d’une “tyrannie” du bonheur, d’un phénomène plus communément appelé l’happycratie. Mais avant tout, qu’est-ce que le bonheur ?

Le bonheur, c’est quoi? Avant tout un concept individuel

Le bonheur n’est pas un concept universel, il est propre à tout un chacun ; il faut cesser de chercher ‘un’ bonheur et remettre l’individu au cœur de cette quête. En effet, le bonheur est différent pour chacun d’entre nous, c’est avant tout une responsabilité individuelle. Autrement dit, nous devons avant tout nous demander ce qui nous rend heureux nous-même et par quels moyens concrets atteindre ce but et non partir à la recherche d’un concept qui n’est pas universel ou lisse, comme un bonheur aseptisé.

Concrètement, à chaque problème différentes actions et à chaque action peut correspondre une multitude de problèmes : un salarié peut avoir besoin de télétravail pour passer plus de temps avec ses enfants ou pour pouvoir se consacrer à une passion après le travail. De même, pour pouvoir s’octroyer du temps de repos, certains vont préférer travailler de chez eux, d’autres vont préférer un aménagement horaire.

Le bonheur dépend aussi des origines des individus, de leur culture, de leur éducation etc.

En pratique, il faut faire un travail d’introspection pour identifier nos zones d’ombre et comprendre comment concrètement implémenter des actions porteuses de bien-être.

Le bonheur, c’est quand?

En outre, le bonheur est très sujet à la procrastination. En effet, nous remettons sans arrêt le bonheur à demain, c’est-à-dire par exemple “lorsque j’aurai un nouveau job”, “lorsque j’aurai des enfants”, ou encore “lorsque je serai en couple”… sans réellement s’intéresser à la source de mal-être actuelle. Alors que le bonheur se vit maintenant. Il ne faut pas repousser le bonheur, tout comme il ne faut pas reporter le bonheur/la faute sur les autres. Nous sommes avant tout responsables de nos choix et de nos attentes en terme de bonheur.

Le meilleur conseil à suivre est de s’écouter, d’écouter les autres et surtout de se remettre en question avant le burn-out ou la chute.

Nous avons tendance à nous remettre en question une fois que nous sommes au fond. Alors qu’à ce moment-là, nous pouvons prendre des décisions hâtives ou avoir des modes de compensation excessifs et alors le danger peut surgir.

To be happy or not to be: it’s okay not to be okay !

Il est important de nuancer le phénomène de l’happycratie, car en effet, nous avons évidemment le droit d’être heureux, tout autant que de ne pas l’être. Autrement dit, nous ne sommes pas dans l’obligation de nous questionner au sujet de notre bonheur. Nous ne nous rendons d’ailleurs pas souvent compte si nous sommes heureux ou non. Il ne faudrait pas tomber dans un extrême ou dans un autre : il est aussi important de prendre le temps d’être peiné.

La responsabilité du collectif dans le bonheur

Cependant nous pouvons parler de responsabilité collective également.

Au sujet du bonheur, nous remarquons souvent une forme de mimétisme. En effet, le bonheur comme le malheur ont une forme de contagion sur nos environnements directs. Les pensées négatives peuvent rapidement devenir toxiques pour ceux qui ont des pensées positives ou qui sont heureux. Des personnes habituellement positives peuvent être entraînées par une vague de pensées négatives beaucoup plus facilement que l’inverse. De l’autre côté du spectre, avoir quelqu’un dans son entourage ou son bureau ayant tendance à rayonner peut être très bénéfique !

Bonheur : aide les autres et tu t’aideras !

Donner aux autres, aider les autres nous apporte beaucoup plus que nous ne le pensons. En effet, donner est gagnant-gagnant en terme de bonheur.

Donner aux autres nous procure des sentiments de bien-être, d’accomplissement et d’auto-gratification, étroitement liés au bonheur.

Nous gagnons de l’aide que nous apportons aux autres. En effet, cela déclenche des synapses générateurs de dopamine.

En entreprise, cela peut se traduire par les actions associatives mises en place au sein des entreprises. Les entreprises qui proposent des actions caritatives à leurs collaborateurs et les entreprises qui proposent également du tutorat ou du mentorat à leurs collaborateurs contribuent également à leur bonheur. Les collaborateurs se sentent apaisés et utiles et cela crée un véritable cercle vertueux.

La quête absolue du bonheur n’engendre-t-elle pas de la frustration ?

Le malheur résulte d’une inadéquation entre les attentes et ce qui se passe en réalité. Finalement cette quête d’un bonheur à tout prix met une pression qui rend les concrétisations du bonheur déceptives.

Selon le livre La Formule du Bonheur de Mo Gawdat, le bonheur dépend de nos attentes. Autrement dit, si nous n’avons pas trop d’attente, nous serons heureux plus facilement.

Le fait d’imposer aux collaborateurs de se remettre en question et de répondre à la question “Qu’est-ce que le bonheur selon vous ?” peut générer du stress et donc être anxiogène car nous avons tendance à trop attendre de la notion de “bonheur”.

Nous sommes à la quête d’un bonheur absolu, alors que ça n’existe pas. Le bonheur n’est pas un objectif en soi. La quête du bonheur absolu est très frustrante, parce qu’il n’existe pas de façon universelle et absolue de l’atteindre.

Quelle place pour l’entreprise ? Chief Happiness Officers et autres initiatives

L’entreprise peut impulser du bonheur auprès des salariés, ce n’est pas qu’une question individuelle, l’entreprise peut implémenter des actions qui assurent la base d’un bonheur.

Elle a un devoir d’accompagnement des collaborateurs vers le bien-être.

Le bonheur a un connotation philosophique qui est encore aujourd’hui très mal perçue par les entreprises et les gens en général. Par exemple, un nouveau métier RH a vu le jour depuis quelques années : Chief Happiness Officer. Ce métier s’apparente au métier d’Office Manager d’il y a environ 5 ans mais suscite beaucoup de polémique car il intègre un aspect philosophique et psychologique. Alors que nous serions tentés de croire que la mise en place de ce genre de postes au sein des entreprises aurait impulsé de nombreuses actions, nous sommes finalement frileux sur ce genre d’initiatives !

De plus, ce métier n’a encore ni de contenus ni de job desk définis, ce qui est une raison supplémentaire à la réticence globale.

En outre, malgré l’ouverture d’esprit des entreprises qui décident d’embaucher un CHO, les moyens financiers sont rarement suffisants et à la hauteur des actions qu’un CHO voudrait mettre en place. Donc les résultats sont peu visibles.

Ne soyons cela dit pas trop négatifs !

Pour les petites structures voire les startups, le CHO est incarné par plusieurs personnes de l’entreprise qui proposent sans arrêt des sorties de groupe, ou des activités pour la cohésion d’équipe et le bien-être au travail. C’est un poste qui est incarné par de nombreux individus au quotidien, il ne s’appelle pas toujours CHO, et il n’est pas forcément une seule personne.

Il est donc encore trop tôt pour porter un jugement sur le métier de CHO. Toutes les initiatives pour le bonheur au travail sont intéressantes. Il faut laisser à ce métier le temps de faire ses preuves.

Pour conclure, de nombreuses initiatives collectives sont intéressantes pour permettre d’instaurer un “tronc commun” au bien-être en entreprise: coaching de groupe, des activités ou tout simplement des actions caritatives, tutorat ou mentorat. De plus, l’arrivée de nouveaux métiers tels que le CHO ou encore l’intervention récente de psychologues en entreprise, sont déjà des révolutions et réaffirment la nécessité du bien-être au travail. Cependant, il faut garder en tête que le bonheur dépend des attentes de tout un chacun, et doit être accompagné par l’entreprise de façon personnalisée, si tant est que l’entreprise soit garante du bien-être individuel de ses salariés…

Article co-écrit par Mathilde Philippe et Naomi Dupont ; Réunion co-animée par Jean Benedetti et Marc Levi.

S’inscrire gratuitement au prochain Petit-Déj’ RH du 10 Janvier sur le thème : « Burn out, bore out : Quelle place pour les RH ? »

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Naomi Dupont